Penda Gebel
Même les dix plaies qui se sont abattues, de manière récurrente sur les êtres vivants — déluge, cyclones, inondations, sécheresse, effondrements de sol, incendies, canicules, maladies respiratoires, traversée du désert des réfugiés climatiques, décès à la pelle de nos aînés et des plus fragiles — n’ont eu aucun effet. Les pharaons au pouvoir n’ont rien voulu entendre. Et les peuples n’ont cherché qu’à défendre leurs petits conforts. Le jour du dépassement avait été atteint. Le monde allait mourir.
Alors il a fallu agir.
Prendre le pouvoir.
— Delphine Husseau, La Révolution verte, 2033
Le récit de la République de Gaïa — Qui sème le vent ? débute en 2052.
Près de 20 ans après la Révolution verte.
Les lois écologiques et véganes que nul n’ose contester sont désormais la norme.
Appliquées avec une rigueur implacable.
2033. Le monde se fracture derrière un rideau d’éoliennes.
En 2052, lorsque le récit débute, la Terre-mère est divisée en deux blocs aux
visions irréconciliables.
D’un côté, l’Europe, le Canada et la majorité des États-Unis ont fusionné en
une nation unique : la République de Gaïa — un monde 100 % écologique,
100 % végane et zéro tolérance.
De l’autre, une fédération de pays dirigés par des puissances industrielles.
À Gaïa, cette alliance est appelée l’Autre Monde.
Tout contact est strictement interdit.
Plus de pollution.
Plus d’avions.
Toutes les espèces ont les mêmes droits.
Exister. Être protégées.
L’humain n’est plus une exception.
Il ne doit plus penser.
Dans la République de Gaïa, le véganisme n’est plus un choix.
C’est la loi.
Un monde sans maltraitance animale.
Ni miel ni viande.
Dans ce monde l’empreinte carbone est calculée à la décimale près.
Tout est surveillé.
Tout est contrôlé.
Tout est dénoncé.
La police écologique veille.
Intraitable.
À Gaïa, certains mots ont été bannis.
Ultra-riche
Riche
Pauvre
Ultra-pauvre
D’autres les ont remplacés.
Écoirréprochable
Écoresponsable
Écocriminel
Écoimpardonnable
Un statut gravé sur un bracelet écologique.
Obligatoire.
Du berceau au tombeau.